Jean Gadrey (Personne interviewée)François Ruffin (Interviewer)

Résumé

Spécialiste de l'économie des services et des indicateurs de richesses, l'économiste Jean Gadrey est interrogé sur la pertinence de ces derniers, du PIB à l'indicateur d'empreinte écologique, et sur la croissance économique, érigée en dogme par les dirigeants. Electre 2016

Année de publication: 2015
Editeur:Fakir
Nombre de pages: 69 p.17 x 11 cm
Langue:Français
Univers:A19 Économie - entreprises - gestion - commerce
Niveau:Tout public

«Croissance croissance croissance...» Il y a quelque chose de pathétique et de comique à la fois, chez ces dirigeants qui guettent le ciel financier comme des météorologues, dans l'espoir d'un coin de ciel bleu. Qui ouvrent les entrailles de la relance comme des pythies.

La croissance, c'est la croyance de l'époque. Aussi avons-nous rencontré Jean Gadrey, un économiste contre LE dogme.

Fakir : Dans son dernier discours, en moins d'une minute, François Hollande prononce huit fois le mat croissance et quatre fois le mot confiance.

Là, on est un peu dans l'incantation, l'invocation d'une puissance céleste, on lie le psychologique à l'économique...

Jean Gadrey : C'est comme si l'on pratiquait le voudou pour que la croissance revienne. Mais elle ne reviendra pas. Nous vivons sur cette image du gâteau, le Produit intérieur brut (PIB), qui doit grossir. Et si ce gâteau ne grossit pas, on ne pourra pas en donner aux plus pauvres, même des miettes...

C'est une image excessivement trompeuse.

D'abord, à qui ont profité les dix années, 1997-2007, de belle croissance aux USA ? Aux 10 % et surtout aux 1 % les plus riches, les parts étaient de plus en plus inégales.

Et surtout, le gâteau qui grossit sans cesse, il est de plus en plus bourré de substances toxiques, d'actifs toxiques. Il est de plus en plus empoisonné. Et donc, partager un gâteau empoisonné, qui ça fait vraiment saliver ?

Voilà ce que nous cachent les discours enflammés prônant le «retour à la croissance». Jamais ils ne s'interrogent : n'y a-t-il pas contradiction entre la poursuite dans la voie du «toujours plus» et le règlement des grandes questions, du climat, de la biodiversité, ou de la pauvreté dans le monde ?

Jean Gadrey est économiste, Professeur émérite à l'Université de Lille 1, il a notamment écrit Adieu à la croissance.

Fabrice Lallement est délégué CGT chez Soitec (Grenoble) et objecteur de croissance.

Fondateur du journal Fakir, François Ruffin est réalisateur du film Merci patron !