Michel Onfray (Auteur)

Résumé

Le philosophe aborde la pensée de mai 1968 dans les théories de Henri Lefebvre, réformiste révolutionnaire, de Herbert Marcuse, marxiste et critique de la démocratie, de Guy Debord, contre la société du spectacle, ou encore de Raoul Vaneigem qui promeut une vie surabondante comme remède. ©Electre 2018

Année de publication: 2018
Editeur:Grasset
Nombre de pages: 1 vol. (528 p.)23 x 14 cm
Langue:Français
Univers:A13 Philosophie
Niveau:Tout public

L'autre pensée 68

Contre-histoire de la philosophie 11

Il existe deux « Pensée 68 ». La première a rendu possible l'événement, la seconde a été rendue possible par lui. L'une en est la cause, l'autre, la conséquence. Deleuze, Foucault, Althusser, Lacan, Barthes, et quelques autres qui sont devenus ensuite des héros de la French Theory, ont été de sages professeurs avant Mai et de purs produits de ce qui est advenu après.

En revanche, une autre Pensée 68 a fonctionné en combustible de la flamme d'une histoire qui, rappelons-le, car on l'oublie souvent, a été planétaire.

Cette pensée généalogique de Mai 68, il faut aller la chercher dans les avant-gardes littéraires : futurisme, surréalisme, lettrisme. Mais aussi dans la pensée d'Henri Lefebvre, nietzschéen de gauche, marxiste hédoniste, réformiste révolutionnaire de la vie quotidienne, opposé à la pensée magique structuraliste, tout aussi bien que dans le freudo-marxisme de Marcuse, critique de la démocratie et défenseur d'une esthétique politique marxiste, ou bien chez Guy Debord, feuerbachien de choc qui mobilise la fétichisation de la marchandise et le spectacle pour penser l'époque ou enfin chez Raoul Vaneigem, qui promeut une esthétique de l'existence génératrice de vie surabondante comme remède aux vies mutilées.

Ce Mai-là fut l'occasion d'une révolution métaphysique contre toutes les figures d'autorité. Les soixante-huitards qui suivirent furent sans père, mais aussi sans boussole. La Pensée 68 d'après fut l'occasion d'errances. Mais l'histoire était passée, un grand moment de déchristianisation avait eu lieu. Un grand pas vers le nihilisme aussi.